Responsive menu

Deuxième titre de Grand Chelem en cinq mois pour Joachim Gérard : "C'était plus émotionnel qu'en Australie"

Même rattrapé au deuxième set par l'importance de l'événement et son adversaire, l'Ecossais Gordon Reid, Joachim Gérard a trouvé les ressources pour s'imposer (6-2, 7-6) en finale du tournoi de Wimbledon en fauteuil. Il a donc remporté deux des trois titres majeurs en 2021, alors qu'il n'en avait gagné aucun jusque là. La manière dont il explosé de joie sur la balle de match, les joues et pupilles humides, a rappelé celle, empreinte de soulagement, dont il nous avait déjà gratifié en février à l'Australian Open lors de son premier sacre longtemps attendu en Grand Chelem. "Mais là-bas je m'y attendais, je sentais que c'était mon tour, ici c'était plus émotionnel, il y avait tant de stress sur la fin", expliquait-il.

Larmes aux yeux

Il y a de ces mots et de ces images qui réconcilient avec le sport. Lorsqu'à 6-2 au tie-break du deuxième set la balle de Joachim Gérard a filé hors de portée de Gordon Reid et que le Brabançon a libéré toutes ses émotions ou frustrations au bout d'un match qu'il avait largement survolé aux trois quarts, un bon ami connaisseur, qui avait regardé le match sur la BBC, nous a envoyé un texto résumant l'intensité du moment : "Moi aussi j'en ai les larmes aux yeux !" Ceux qui doutent toujours de la qualité spectaculaire ou de la tension dramatique que peut engendrer le tennis en fauteuil roulant n'a pas vécu le tie-break de la demi-finale de Joachim jusqu'à 18-16, ni cette finale que notre compatriote a dominé 6-2, 4-1, avant de se faire rattraper par la patrouille. En l'occurrence par ses démons d'ordre mental, ou la peur de gagner si vous préférez, le genre de tracas qui lui a coûté tant de déconvenues et qu'il semble mieux maîtriser à présent, puisqu'il a su de nouveau émerger au tie-break. Le plus bel hommage au vainqueur est venu du perdant, qui a cru un moment pouvoir renverser la partie : "Arriver à  jouer à un tel niveau au moment décisif, avec un tel scénario de match, un adversaire qui évolue à domicile, et un public - aussi respectueux soit-il - qui est contre vous, c'est vraiment impressionnant. Je pense avoir bien joué, mais parfois on doit juste dire qu'on a été battu par quelqu'un qui était meilleur." C'est plus facile à mettre en exergue quand on a gagné, mais quelle leçon de sport dans toutes ses dimensions !

Fierté

"A 6-2, 4-1, on a de nouveau vu le mauvais côté de Joachim Gérard", continuait le Brabançon, "jusque là je servais et je retournais bien, j'étais agressif, je pouvais mettre la balle où je voulais. Je sais que j'ai tous les coups dans ma raquette, mais dans un contexte de match, d'autres éléments entrent en jeu. Comme trop souvent quand la ligne d'arrivée est en vue, je me suis stressé, je me suis mis à pousser la balle, à bouger moins bien, Gordon a pu avancer dans le jeu." Le match a donc tourné, Reid s'est même trouvé pour la première fois au commandement à 4-5, à son tour avec le vent en poupe. "C'est là que se situe ma fierté", sourit Joachim, "dans le passé j'aurais sans doute coulé, je ne m'en serais peut-être pas sorti, mais, comme en demi-finale, j'ai su rester calme, tenir avec l'aide de quelques routines mentales, et finalement me recentrer pour finir sur ce tie-break que j'ai cette fois mené de bout en bout. C'est là que j'ai surtout progressé, et je sais que c'est le résultat du travail de toute une équipe, coaching, physique, mental. Sans eux je ne l'aurais même pas jouée cette finale, ce ne sont pas que des mots, c'est la pure réalité. Ils m’ont remobilisé et remarquablement préparé après le "naufrage" de Roland-Garros. Je voulais faire le maximum, et c'est le maximum dont j'étais capable (sourire). A Melbourne, Dieu sait pourquoi, j'avais l'impression que tout était programmé, que c'était pour moi. Ici, la tension était telle lors de cette seconde moitié de deuxième set que la libération a été plus émotionnelle."

Numéro un

Vainqueur de deux des trois Grands Chelems de l'année, Joachim n'est donc pas loin d'être le meilleur du moment dans sa catégorie. Les médias anglais en ont même déjà fait le favori pour le tournoi paralympique qui s'annonce à Tokyo, d'autant qu'ils ont remarqué que le dernier lauréat, justement Gordon Reid à Rio en 2006, avait lui aussi remporté l'Australian Open et Wimbledon cette année-là. "Si on y va comme ça, il avait été finaliste à Roland Garros alors que j'ai été éliminé au premier tour", réplique notre compatriote. "A Rio, j'avais été déçu d'être éliminé en demi-finale et heureux d'accrocher le bronze. Bien sûr je veux faire mieux cette fois, mais tout le monde cherche l'or, et ce sera dans une autre ville, sur une autre surface, sans public - on a vu l'importance que cela peut avoir -, je ne pense donc pas pas être le favori, cela ne veut rien dire, je vais y aller en "outsider" comme à Melbourne ou ici. Le but ultime reste d'être un jour, et le plus longtemps possible, numéro un mondial, mais pour cela il ne suffit pas de gagner l'un ou l'autre gros tournoi, cela se joue tout au long de l'année. Je vais sûrement passer troisième mondial, mais le deuxième (Alfie Hewett) a pas mal de points d'avance. Je vais m'atteler à en récupérer mais cela passera forcément par encore plus de constance." 

Sofia sans regrets

Sofia Costoulas (16 ans) et son équipière finlandaise Laura Hietaranta n'ont pu aller a bout de leur rêve en double chez les juniors, nettement battues (6-1, 6-2) par les têtes de série numéro unes, la Biélorusse Kristina Dmitruk et la Russe Diana Shnaider. "Le score est sévère, mais il ne rend pas compte des occasions que l'on a eues dans plusieurs jeux (six balles de break, une transformée, ndlr), et que l'on n'a pas prises, au contraire d'elles", dit la joueuse de Villers-la-Ville. "Contrairement à Roland Garros, où je n'avais pas été suffisamment "chercher" les points et les matches,  je n'ai pas de regrets sur ce tournoi, j'ai perdu en simple au tie-break du troisième set contre une Anglaise de 18 ans, habituée à jouer sur le gazon alors que c'est une surface que je n'avais jamais foulée avant. J'ai joué une finale de Grand Chelem, peu de jeunes peuvent en dire autant, c'est une belle expérience qui me servira l'année prochaine."
 

Retour à la liste